vendredi 4 juin 2010


On est en juin, époque des marches des fiertés. Profitons en donc pour en parler un peu.
Il y a de ça 5 ans (on se fait vieux mine de rien), je participais, peu convaincu, à ma première marche. J'avais décidé ça à l'arrache, deux heures avant le départ. J'ai fait 10 ou 20 bornes à vélo, sauté dans un train après m'être changé dans un photomaton, et j'ai rejoint mes potes à Strasbourg.

Petit retour en arrière pour comprendre pourquoi je ne voyais aucun intérêt à me bouger les fesses pour aller à la gay pride. Comme la plupart des gens, j'avais vu de très vagues images à la télé d'un défilé très coloré sur fond de techno pourave (note: à l'époque, j'écoutais Slipknot et je m'habillais uniquement en noir, il est donc envisageable que je me sois vaguement senti en décalage à ce niveau là). Je n'ai pas vraiment compris le concept de ce gros carnaval. J'étais loin d'être un gros militant à l'époque, mais n'empêche que j'étais catalogué comme une des deux goudous visibles de mon bahut, et conséquemment de la petite ville dans laquelle se situait le-dit bahut. Tout ça contribuait au fait que je ne vois pas l'interet d'aller me noyer dans une foule bruyante et pas militante pour un clou, sans slogan ni rien (oui, j'adorais déjà les manifs à l'époque). Ajoutez à ça le fait que ma copine de l'époque avait un côté assez autoritaristes (et moi assez obéissant), et que l'idée que j'aille me dandiner au mieux de plein de goudous (en plus pas toutes des fems), et de grandes folles était loin de l'enchanter (c'est un euphémisme).

Bref, je m'y suis retrouvé quand même, et j'ai trouvé ça très agréable au final. Je pense que ce jour là j'ai capté qu'un des intérêts de ce type d'événement est de permettre à des gens qui vivent dans leur placard toute l'année de sortir et d'être visible. J'ai trouvé ça positif.

Depuis cette marche là, je me suis engagé dans des choses un tantinet plus militantes. Et puis pendant ces années, j'ai eu l'occasion de réfléchir à tout ça et de me renseigner sur l'origine de cette marche.
Et voilà, cette année, ça recommence. Sauf que bon... J'ai vraiment du mal à concevoir que beaucoup de gens ne sachent pas pourquoi ils viennent, à part parce qu'il fait beau, qu'ils aiment la techno et qu'il y a moyen de pécho à la soirée post-marche. En fait, ça me blase complètement.

J'ai beaucoup de mal à concevoir qu'on puisse se laisser considérer comme des citoyens de seconde zone toute l'année, et ce jour là aussi. Que cette journée soit, dans pas mal d'endroit, devenue une journée ultra commerciale. Que beaucoup ne sachent pas que Stonewall était une révolte. Qu'à part le mariage et l'adoption, les revendications (quand il y en a) sont inexistantes. Que les gens puissent considérer que non, l'homophobie n'existe pas/plus (ne parlons même pas de transphobie). Que beaucoup restent scotchés à leur petite vie de français blanc pas follasse bien intégré. Que les médias vont, comme d'hab, prendre une photo, dire combien de personnes étaient présentes, blablater 5 lignes et passer à la coupe du monde de foot.

Bref, j'ai envie d'une vraie manif, avec des banderoles, des renvendications, des slogans, des camioneuse, des fiotes, des trans, des drag kings, des féministes, des intersexes, plein de personnes ""différents"" et qu'il y ait une convergence entre les revendications de tous ces gens.

Enfin bon, on peut toujours rêver hein!

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